Jack Kirby : Le génie maudit des comics !

Publié le par Tony Lariviere - Daniel Tesmoingt

Par Bastien Ayala
 
Jack Kirby est un grand du comics, un très très grand qui a laissé un legs immense au domaine du comics américain et lui a donné des cimes artistiques qui restent à ce jour inégalés.
Outre ces moments fabuleux, il a surtout crée et co-crée des légions de personnages et non des moindres, quasiment tous ceux de la première vague Marvel des 60’.
Est-ce que ce grand monsieur des comics a-t-il été récompensé pour son legs inestimable ?
Est-il reconnu comme l’équivalent d’un Tesuka ou encore d’un Hergé dans son pays natal ?
Lisez et vous verrez le revers du rêve américain que cet artiste maudit a subit.
 
Né en 1917, Jack Kirby rêvait d’être cinéaste mais il s’est découvert des dons pour le dessin.
Il a fait la rencontre d’un autre grand du comics avec qui il a fait un bon bout de chemin en qualité d’associé, Joe Simon. Voilà une paire créative qui imposera le troisième personnage majeur à être encore publié de nos jours : Capitain America que le duo crée pour Timely, l’ancêtre de Marvel.
Mais le directeur de la firme, le requin nommé Martin Goodman les arnaque sur les 25 % de royalties auxquels ils ont le droit par contrat sur les profits et ils partent en claquant la porte avec un goût amer dans la bouche.
Premier accroc de Jack avec cette firme à qui il apporta tant et qui en aura une reconnaissance presque nulle.
 
Toujours est-il que la paire Kirby/Simon monte leur studio, embauchent des artistes et publient leurs comics quelques années plus tard. Et ils excellèrent dans les comics de western, guerre et ils créèrent même un nouveau créneau en inventant le comics de romance. Des firmes majeures sauront profiter de cet engouement pour occuper elles aussi ce créneau.
 
A noter que le style de Jack Kirby a beaucoup évoluer entre 1941 et 1960. Je subodore qu’il
s’est inspiré d’un grand des débuts des comics un brin méconnu en France, le réputé Lou Fine, qui avait d’ailleurs remplacé avec talent Will Eisner un temps sur le Spirit.
Toujours est-il que Jack reste une référence absolue en terme de productivité et de qualité.
Sous la tutelle de Joe Simon qui le stimule avec autorité, son premier coup de crayon devra être le bon et il sera capable dans ses meilleures années à produire le chiffre record de 8 pages par jour mais sa moyenne reste de 5. Voilà ce qu’on appelle l’échelle Kirby !
 Faîtes le calcul par rapport aux génies actuels incapables de tenir le rythme de 22 pages par mois (il est vrai que dans les années 60’, la norme est de 17 pages/mois plus la couverture).
 
Toujours est-il que le duo se sépare à l’aimable en 1955 après l’arrêt de leur maison d’édition et Joe Simon se tourne vers la publicité mais il reviendra de manière sporadique aux comics. Une interrogation me revient sans cesse : que nous aurait produit le duo si il en avait eu les pleins moyens ? A méditer d’autant plus que Simon avait eu la matrice de Spider-man en tête !
 
Mais Jack revient chez Dc où il crée quelques œuvres fortes dont les challengers of the unknown qui sont un tour de force graphique et épique. Il y a dans ces quelques numéros, guère plus d’une dizaine hélas, les germes des sommets artistiques de Jack : des créatures extraordinaires échappées d’un imaginaire fécond en diable et un art à nous projeter dans des épopées magiques et oniriques. Les challengers sont un dépaysement immédiat pour le lecteur qui sera projeté dans des dimensions incroyables et démentes que le cinéma n’a jamais égalé en terme de performance graphique. C’est une constante de Jack et il saura aller encore plus loin.
Il y a eu aussi sa reprise de Green Arrow qui reste irréprochable et majestueuse.
Mais il est en froid avec Jack Shiff à propos d’un strip nommé Sky Masters, un éditeur omnipotent qui fait la plus grosse erreur de l’histoire des comics, ou du moins égale à celle de Marvel en ne retenant pas Jim Lee, Mac Farlane et consort pour la création d’Image comics en 1992.
 
Ainsi le grand Jack revient sans plaisir dans cette firme miteuse qu’est Atlas/Marvel pour retrouver Stan Lee qui avait succédé à Joe Simon après leur départ et qui s’y était maintenu.
Atlas ne s’est pas relevée d’une association désastreuse avec un réseau de distribution lié à la mafia qui a failli la couler corps et bien. Kirby y réalisera pendant 2-3 ans des épopées à monstres très sympathiques où des monstres bigarrés et impressionnants sont à deux doigts de conquérir le monde. Il s’agit de bandes vraiment sympathique mais qui contiennent les germes de ce que sera la révolution Marvel en 1961, avec le premier Fantastic Four.
 
Et il s’agit d’une sacrée révolution puisque l’association Stan Lee/Jack Kirby va produire des incroyables sagas et des super héros qui se publient toujours et captivent de nouvelles audiences aussi bien dans les comics que le cinéma. Ainsi jaillissent les quatre fantastiques, Hulk, les X-men, les vengeurs, Thor et tant d’autres.
De plus, Jack a collaboré à la mise au point d’Iron Man, de Spider-man.
 
C’est plus qu’une influence, c’est une contribution majeure et incontestable qui va emmener chaque lecteur vers des mondes aux confins de notre imaginaire pour des voyages qui resteront inégalées en terme de créativité pure et de représentation de l’impossible.
C’est la force de ce média de la Bd : vous pouvez être absorbé dans l’histoire presque instantanément.
C’est là à mon sens que Jack Kirby demeure le King, nul autre que lui peut nous montrer l’horreur, puis la beauté et la grâce féminine pour alterner vers la représentation de l’infini ou frôler les limites de l’entendement humain.
 
Rappelez-vous ces visions de Galactus qui nous irradient de majestuosité graphique et de déité cosmique. C’est cela Jack Kirby, des visions proches de l’onirisme et de force graphique qui crée dans un recoin de notre esprit des accès vers l’imaginaire et l’indescriptible.
Pour ma part, j’ai tendance à considérer Jack Kirby comme le poète ultime de l’imaginaire et j’espère voir dans ce nouveau siècle son digne successeur qui nous entraînera dans des limites aussi incroyables et hautement splendides. Mais seuls Dali ou les impressionnistes ont tenté cette démarche. Jack Kirby fait parti du landerneau des comics et en tant que tel, il n’est pas reconnu à sa juste valeur ni même mis sur la même échelle…
 
Sur le plan graphique, Jack Kirby va loin, très loin puisqu’il innove et repousse le carcan propre aux comics. Il se sert de photographie pour certaines expérimentations heureuses, il imprime sa marque sur les retranscriptions d’énergies cosmiques qu’il nous peint, la fameuse Kirby dot. Ces personnages sont fabuleux et juste une pose permet de transmettre la grâce, la puissance ou la barbarie. Vers 1966, cet artiste qui atteint l’apogée de son art.
 
Mais Jack Kirby fut mal récompensé de son travail incommensurable envers Marvel, il n’a même pas eu de couverture sociale ni royalties ! Un scandale que Marvel s’et bien gardé égoïstement de lui accorder alors qu’elle exploite encore honteusement la moindre parcelle de son legs jusqu’à la lie. Une honte absolue de cette maison qui se nomme encore aujourd’hui la maison aux idées mais dont la plupart vient de Jack.
 
Jack reçoit une proposition de travail en 1970 et il part pour DC où il nous laisse un legs fabuleux qui recule une fois encore les limites de ce que l’esprit humain peut créer en imagination pure avec les New Gods, Forever People, Mister Miracle et Jimmy Olsen.
Un panthéon cosmique teinté de passion et de douleur Shakespearienne qui intrigue, éblouit et transporte dans un imaginaire digne des plus grands.
Là encore, Kirby ne sera reconnu que par une poignée d’amateurs mais totalement ignoré par les critiques et les médias officiels. Dali nous invite à un voyage aux confins de l’esprit, mais est-ce que Jack nous emmène vers une destination d’imagination pure lui aussi ?
C’est à mon avis le cas mais je vous invite à vous faire votre propre idée.
 
Cette période de 5 ans ne fut pas aussi fructueuse car Jack avait sans doute une latitude qui déplaisait aux éditeurs de DC qui lui coupait ses titres après quelques poignés de numéros.
Là encore, le legs de Kirby pour Dc est inestimable et ne nous pouvons que déplorer que DC ne lui ait pas laissé carte blanche car nous lirions non pas des histoires mais des œuvres définitives dont ces éditeurs furent incapables de concevoir l’importance pour le domaine des comics, et selon mon postulat, de l’art.
 
Jack revient pour Marvel où il alterne de bonnes séries (Black Panther mais surtout 2001 et les plus oubliables voire ridicules comme ce Devil Dinausor). Les éditeurs de Marvel s’en défient et Jack cesse quasiment tout comics mensuels sans qu’il n’ait eu de royalties ni même la reconnaissance ou la considération de cette firme. Quelle hérésie !
 
Jack travaille dans le dessin animé pour des œuvres mineures où on reconnaît néanmoins son style dans le design de Arok le barbare, Rambo et Mister T. Du gâchis de talent en somme.
Jack qui a gagné depuis longtemps le surnom de « king » participe notamment à une charge contre Marvel avec Destroyer Duck réputé fun et débridé, puis à Tops comics où il a développer des concepts divers.
 
Mort en 1994 sans la moindre reconnaissance légale de Marvel qui l’aura sordidement exploité (Avi Arad s’en ait mis plein les poches avec les FF mais la famille de Jack ne touchera rien), j’espère que son ultime aventure avec les jeunes d’Image et le vacillement de Marvel lui aura donné une satisfaction et le parfum d’une revanche même tardive.
 
Je regrette aussi que l’équipe de métal Hurlant ne soit pas aller le chercher pour lui laisser carte blanche. Que nous aurait produit de fabuleux le King ? Cette occasion manquée avec l’histoire de la bande dessinée reste à méditer car elle s’inscrit dans l’ordre de l’hypothèse…
 
Si il y aura dans le futur une nouvelle loi aux Usa similaire aux droits d’auteur locaux, la famille de Jack serait actionnaire de Marvel mais je rêve un peu là. Une tout petite et même infinitésimale part de rêve qui n’est rien par rapport à ce que le grand Jack nous aura donné, à nous ceux qui sommes ses lecteurs, peut-être à vous qui ne connaissez pas bien son œuvre et enfin à toutes les générations futures qui auront la chance de le découvrir !
Notons que Stan Lee se voit par contrat attribuer 10 % des bénéfices sur chaque film Marvel dont il a crée le personnage, ce n’est pas le cas de Jack Kirby…
 
Pour conclure sur le King, il a su crée des images, des visions qui se logent dans un coin de votre esprit et qui s’inscrivent de manière subliminale comme la référence pour les concepts les plus éthérés comme l’infini ou la déité. C’est là la force absolue de Jack Kirby qui reste encore aujourd’hui sans égale.
 
Merci encore pour tous ces voyages vers l’infini et la quintessence de l’imagination Jack, vous êtes définitivement l’artiste du sublime.
 
Merci à Daniel Tesmoingt qui a une immense culture et une générosité toute aussi grande pour nous la faire partager !

Commenter cet article

Gilles Penso 18/06/2008 20:17

Bravo pour cet hommage à l'immense, l'inimitable Jack Kirby, dont les dessins nous font toujours autant rêver !